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Jules Romains, l’unanime et l’unanimisme : du concept condensé au concept dépouillé

1.L’unanime : les métamorphoses d’un concept

Le concept d’unanime est l’œuvre de Jules Romains : le terme désigne toutes les formes collectives d’individualité, tous les groupes doués d’une vie organique et d’une sensibilité semblables à celles de la personne humaine. Le mot lui-même, bien sûr, est bien plus ancien ; mais Romains pour autant ne s’est pas privé de toute innovation lexicale : car c’est lui qui a élevé l’unanime à la dignité de substantif, et cet emploi est si peu fréquent que les dictionnaires, aujourd’hui encore, hésitent à l’accueillir. Tout juste trouve-t-on la mention de l’emploi spécial que Romains fait du mot, et d’ailleurs la définition donnée est très inexacte : « Sentiment collectif propre à un milieu1 », nous dit le Trésor de la langue française. Passe encore pour le « milieu » (à condition de ne pas entendre le terme dans un sens strictement social, et de considérer que tout ce qui réunit, essentiellement ou circonstanciellement, de manière durable ou éphémère, plusieurs individus, est un « milieu »). Mais l’unanime n’est pas un sentiment collectif, c’est un être (doué de sentiment, il est vrai).

Romains n’a pas donné de véritable définition de l’unanime. Comme souvent avec lui, il faut déduire la théorie de la pratique, la définition des descriptions. Romains anime d’innombrables unanimes : les plus strictement décrits sont ceux de sa jeunesse – l’Être en marche2, les Puissances de Paris3, la diligence de Mort de quelqu’un4.

L’unanime est alors un groupe, dont l’unité organique résulte de l’interaction entre un milieu et une série d’individus. Il existe deux types d’unanimes : il y a d’abord ces réunions d’individus, en quelque sorte contraints de s’agréger les uns aux autres par un certain agencement à la fois physique et psychique de l’environnement. Mais le mouvement peut être inverse aussi bien : un individu, ou un groupe, du fait de son mouvement, peut imposer au milieu qu’il traverse une âme allogène, et ainsi unanimiser un ensemble d’entités disparates. Toujours est-il que, dans un cas comme dans l’autre, l’élément physique domine l’élément psychique : c’est une circonstance physique qui forme l’unanime, et l’unanime a ceci de particulier que, contrairement à d’autres groupements humains, il perçoit par les sens, et non simplement par l’idée, le monde qui l’entoure.

Puis, les unanimes évoluent, et se libèrent progressivement de la matière. L’histoire que conte Psyché5 est exemplaire : Lucienne et Pierre Febvre font l’expérience d’une intense communion charnelle avant d’apprendre à se rejoindre, par-delà la distance qui les sépare (car Pierre Febvre est commissaire de bord sur un paquebot transatlantique), par la force de l’esprit. De même, les « nobles de droit naturel6 » et les « honnêtes gens7 » dont Jules Romains fait l’éloge dans Les Hommes de bonne volonté sont forcés de s’affranchir des contingences physiques : ce qui les réunit, c’est une idée, une morale, même. Quant au contact qui s’établit entre les vivants et les morts ou entre les Terriens et les extra-terrestres dans les fictions d’après-guerre (Démêlés avec la mort et le temps, Violation de frontières8), il est ontologique. Le terrain de rencontre entre ceux qui sont et ceux qui furent, entre ceux qui peuplent la Terre et ceux qui habitent (hypothétiquement) des provinces infiniment lointaines de l’univers, c’est l’Être. Les défunts, certes, ne sont plus : mais c’est là, aux yeux de Romains, une conception étroitement temporelle des choses, et justement, si un contact est possible avec les défunts, c’est que le temps est une illusion.

Voici donc un premier mode de voyage des concepts, à l’intérieur d’une œuvre et d’une pensée : le concept évolue, en fonction principalement des événements historiques auxquels est confronté son créateur. Car Romains a été obligé, devant le spectacle hideux des masses nazies et fascistes, de reconnaître que, privés de morale, les unanimes pouvaient être extrêmement malfaisants. Et les douer de morale, n’était-ce pas les vouer à la morale, et plus généralement au moral – d’où ce mouvement problématique de désincarnation et de spiritualisation progressives d’un concept qui change de nature au fil des désillusions politiques et sociales de celui qui l’a inventé, ou découvert ?

2.Voyages interdisciplinaires

Pour original qu’il soit, ce concept n’est pas toutefois une création ex nihilo : la preuve en est que, dans cette même période de transition entre le XIXè et le XXè siècles, Durkheim développait l’idée de la solidarité organique, qui est à la sociologie ce que la vie unanime est à la littérature. La critique, peu scrupuleuse, s’y est souvent trompée, mais Jules Romains ne doit rien, directement, à Durkheim. Les apparences induisent en erreur : oui, Jules Romains était élève rue d’Ulm quand Durkheim y professait. Mais La Vie unanime fut entièrement écrite avant que Romains ne prenne la moindre connaissance de la pensée de Durkheim. Romains, dans la préface qu’il ajoute en 1925 au recueil de ses vingt ans, vilipende le zèle malvenu de ceux qui se hâtent d’établir des filiations là où il n’y en a pas. Le lien entre unanimisme et sociologie est moins palpable, et donc plus en conformité avec la substance des deux doctrines, l’une scientifique, l’autre poétique. Certes, Romains et Durkheim se ressemblent, mais cette unanimité spirituelle n’avait pas besoin de circonstances matérielles pour s’accomplir. Pour Romains, c’est très simple, Durkheim n’est rien d’autre que le « Descartes de l’unanimisme9 ». Dans les pages plus ou moins théoriques qui concluent Puissances de Paris, il ne dit pas autre chose. Unanimisme et sociologie sont comme l’adret et l’ubac d’une même pensée. D’un côté la pratique, de l’autre la théorie ; sur un versant, la description, sur l’autre la définition. La séparation est même, un temps, plus radicale, entre la vie physique des groupes telle que l’envisage Romains et leur vie morale dont Durkheim s’empare. « L’unanimisme est d’essence poétique […] La sociologie est une science10 », nous dit Romains, qui trace ainsi la ligne de démarcation très nette entre son œuvre et celle de Durkheim. Ce qui distingue l’unanimisme, c’est qu’il trouve « dans la sensibilité, dans l’expérience intuitive et émue, son origine et sa nourriture11 ». Comme le résume Anna Boschetti, qui considère la question du point de vue de la sociologie de la littérature, « la notion d’ “unanime” […] s’inscrit […] dans une thématique d’époque à laquelle Psychologie des foules de Gustave Le Bon a conféré dès 1895 une forme savante12 ».

Cette unanimité synchronique entre des concepts forgés par deux disciplines plutôt complémentaires que concurrentes s’appuie sur une histoire commune, ou plutôt sur deux hérédités parallèles. L’unanime et les concepts qui aboutissent à lui sont au cœur d’un transfert bilatéral continu entre littérature et (proto-)sociologie. On assiste en effet à la double condensation de deux séries jumelles de concepts diffus : dans le domaine de la philosophie sociale se cristallisent les idées des pré-sociologues, depuis Aristote jusqu’à Montesquieu ; quant à Romains, il est à l’évidence l’héritier de Victor Hugo, qui fit de « l’homme13 », et non d’un homme le héros des Misérables.

La place nous manque pour analyser la lente formation de la discipline sociologique, et des concepts qui lui sont propres. Notons toutefois le développement, à partir des essais de Le Bon et de Tarde14, des notions de foule d’abord, puis de public – notion qui dépasse « celle de foule, dans la mesure où elle fait l’économie de la nécessité d’une co-présence matérielle15 ». Le Bon et Tarde proposent une psychologie collective, qui sera jugée bien trop nébuleuse par Durkheim, qui y substitue « une véritable étude du fait social16 », mais sur laquelle Freud apporte des lumières nouvelles (dans Malaise dans la culture17, bien sûr, mais aussi dans un texte intitulé « Psychanalyse collective et analyse du moi18 »). L’approche de Freud, motivée par le cataclysme de la Grande Guerre, est en grande partie éthique. Il décrit les deux poussées concurrentes d’Éros – qui favorise la formation de « groupements, familles, tribus, susceptibles de tenir ensemble19 » et l’élargissement progressif du champ d’action de cette morale de la cohésion (depuis la famille jusqu’à l’humanité) – et de Thanatos – qui conduit à la création de groupes (comme l’armée) très cohérents, mais qui suscitent « un sentiment moral » qui s’impose « au détriment de l’attitude éthique que nous pouvons avoir vis-à-vis de l’humanité entière20 ».

Jules Romains, toutefois, préfère se réclamer de Bergson. Cette dette avouée a son importance dans la perspective que nous avons adoptée. Selon Paul Souday, « M. Gilbert Maire (Revue critique des idées et des livres) […] refuse [à Romains] le droit de se réclamer de M. Bergson21 ». Romains ne s’embarrasse pas pour si peu : si on l’en croit, Bergson a purement et simplement « donné la justification métaphysique22 » de l’unanimisme. Aude Leblond a montré d’ailleurs au prix de quelle « confusion [volontaire] entre nature et société23 » Romains a fait de la pensée bergsonienne le piédestal sur lequel devait s’élever l’unanimisme. Jules Romains écrit que

 L’Évolution créatrice de Bergson […] apparaît […] comme le couronnement et la synthèse, dans la mesure où une synthèse était possible, de l’effort que venaient de prodiguer plusieurs générations pour penser clairement, et toutefois avec une profusion fidèle, le monde obscur où nous sommes24.

 Romains, note Aude Leblond, ignore à dessein que « le propos central de l’ouvrage de Bergson n’est pas […] l’évolution de la société, mais celle des corps vivants et des espèces25 ».

Quoiqu’il en soit de ce syncrétisme quelque peu cavalier dont Romains se rend coupable, l’unanimisme se fonde sur l’idée qu’il existe un « continu psychique26 », ou, selon les mots de David Shew Wilson, une « âme diffuse27 ». Romains voudrait croire (sans l’oser tout à fait) à une sorte de psychisme total : ce milieu psychique sans ruptures, non seulement les âmes humaines y seraient plongées, mais l’être tout entier, même en ses parties apparemment inanimées. Bergson, à l’évidence, n’est pas loin, et la critique ne s’y est dans l’ensemble pas trompée, que ce soit Roméo Arbour dans son essai intitulé Henri Bergson et les lettres françaises28 ou E. Zeisel dans son étude intitulée Jules Romains und Henri Bergson29.

3.Cristallisation d’un concept hybride

Voici pour les dettes philosophiques de Romains. Littérairement parlant, la situation est plus complexe. L’unanime est à la croisée des chemins conceptuels : il est la cristallisation d’un concept latent, celui de personnage collectif, qui lui-même est le résultat d’une hybridation – puisque le destin du personnage est, sinon par définition, du moins par tradition, l’illustration d’une norme, qu’elle soit événementielle (Aristote) ou sociale (les classiques). Parler de personnage collectif, c’est prendre le risque du paradoxe, voire de la contradiction : car on peut considérer que, si le personnage ne fait sens que dans la mesure où il interagit avec le milieu humain qui l’entoure ou qui l’englobe, il ne peut cependant s’identifier à lui qu’au prix d’une remise en question fondamentale de la notion même de personnage. L’environnement collectif dans lequel le personnage se meut est régi par des lois, et le personnage se définit par rapport à elles, soit qu’il en soit représentatif, soit au contraire que, du fait de son irréductible individualité, il crée une zone de perturbation et de déviance dans le jeu normal des règles. Que l’individu exceptionnel, qui trouble l’ordre commun, ne puisse être collectif, c’est une évidence, et il n’est pas nécessaire que nous nous y attardions. Mais la relation entre le personnage exemplaire et la norme qu’il illustre est plus intéressante. On pourrait dire, dans cette perspective, que tout personnage est légion. Le destin archétypal du personnage de la fiction aristotélicienne n’est que la moyenne des destins encombrés de scories circonstancielles de tous ceux dont la chronique raconte l’histoire. Il y a le personnage de référence, dont l’histoire est réduite à la pureté des enchaînements de cause à conséquence, et il y a tous ses doubles imparfaits : seulement l’ordre mimétique est en quelque sorte inversé, et c’est la réalité qui reflète laborieusement la fiction impeccable. Ici, donc, le personnage doit être un, et unique : car c’est dans le désordre du multiple que l’accessoire se mêle à l’essentiel. Mais sa solitude est très relative, puisqu’il est tous les autres, tels qu’ils seraient s’ils se trouvaient soulagés du poids de l’adventice. C’est le paradoxe de tous les personnages exemplaires : cette norme, cette référence qu’ils illustrent les condamne à une solitude surpeuplée. Il en va de même pour les classiques : la norme s’augmente d’un jugement, de statistique elle devient impérative, mais cela ne change rien, ou presque, au sort du personnage. Le voilà engagé dans une situation morale exemplaire, et le voilà lui-même exemplaire (au sens moral du terme), si du moins son créateur est assez complaisant pour le montrer tel qu’il devrait être plutôt que tel qu’il est. Toujours est-il qu’il se trouve une fois de plus réduit à être ce que les autres sont, mais avec plus de pureté, plus d’intensité.

Il est des cas différents cependant : Jean Valjean, par exemple, n’est pas qu’un archétype. Sa trajectoire morale, certes, est irréprochable, et parfaitement représentative de la morale non-violente de Victor Hugo. Jean Valjean est un hors-la-loi converti au bien par l’exemple. Que Monseigneur Bienvenu lui tende la joue gauche, qu’il lui offre ses chandeliers en réponse au vol de son argenterie, et voilà Jean Valjean honteux de ses forfaits passés (pourtant bien pardonnables), et capable de tous les sacrifices – de celui même de sa liberté, pour sauver Champmathieu des galères, de celui même de sa vie, pour ne pas peser à Cosette et Marius. Voici donc le roman d’un homme. Mais à côté de Jean Valjean, Javert, l’incorruptible, l’irrépréhensible, Thénardier, le modèle de l’homme populacier, le porte-drapeau de l’ochlocratie, suffisent à prouver que les Misérables sont plus que le roman d’un homme, et qu’Hugo a voulu, sans doute, écrire le roman des hommes. Pourtant, lui-même choisit une autre formule encore : il a donné le roman de « l’homme ». Le voilà, le personnage multiple, à la fois un et touffu, que la Révolution promettait : l’homme hugolien, continué par d’impalpables et infinis prolongements d’esprit, l’homme foisonnant, qui ne se réduit à aucun modèle, ni royal, ni populaire, et qui pourtant fait corps au point qu’on n’a besoin que d’un singulier pour le désigner. Mais cet homme est encore une idée. On ne peut le saisir dans son existence physique. Il faudra attendre un poète pour que s’animent des groupes lourds de matière. Le jeune Romains eût été au désespoir de faire honte à un Verhaeren… On a voulu voir dans La Vie unanime, outre l’œuvre d’un élève de Durkheim, le poème du Whitman français. Mais c’est chez Verhaeren, sans doute, qu’il faut chercher les germes les moins lointains de la poésie unanime. Les Campagnes hallucinées, les Villes tentaculaires, les Villages illusoires, autant d’unanimes avant l’heure, qui eussent fait d’excellents personnages romainsiens. Il n’est que de s’arrêter sur les premières strophes du poème inaugural des Campagnes hallucinées pour s’en convaincre absolument. C’est La Ville qui en est l’héroïne. Quoi de plus romainsien que cet être multiple qui s’élève au-dessus du flou de la campagne, et qui s’élève lui-même, par la vertu de son propre effort, à la dignité d’organisme ? Voilà une ville animale, qui a un corps, qui sent, et qui agit, qui communique même :

Du fond des brumes
Avec tous ses étages en voyage
Jusques au ciel, vers de plus hauts étages,
Comme d’un rêve, elle s’exhume.

Là-bas,
Ce sont des ponts musclés de fer […]

Ses murs se dessinent pareils à une armée
Et ce qui vient d’elle encore de brume et de fumée
Arrive en appels clairs vers les campagnes.

C’est la ville tentaculaire,
La pieuvre ardente30

 La Ville de Verhaeren manque de constance dans son unité organique. Mais voilà cependant des accents très romainsiens. Romains, pourtant, n’avait que huit ans au moment de la parution du recueil. Et ce n’est que quelque quatorze ans plus tard qu’il écrira les derniers vers de la Vie unanime. Il nous donne lui aussi son portrait de la ville : elle a, presque comme celle de son aîné, un « poitrail », un « torse31 ». Chez Verhaeren, les chemins « s’en vont à l’infini/ Vers elle32 ». Chez Romains, « les innombrables forces confluent33 ». Et quoi de plus tentaculaire que cette ville qui va « grouiller comme les bêtes », puis « couvrir / L’espace de ses rampements lourds34 » ?

Voici donc l’unanime inventé : ce personnage qui est plus, et moins, qu’une société ; qui n’est pas une simple réunion abstraite de personnes morales, et qui, par là-même, parce qu’il est physique, dépend des circonstances, se meut dans l’éphémère, le plus souvent, et le fortuit. Le groupe unanime « n’est pas qu’un total arithmétique, ou une désignation collective35 ». On ne le découvre pas « par déduction abstraite, ou par expérience rationnelle36 ». Romains est catégorique : « il faut que nous connaissions les groupes qui nous englobent non par une observation extérieure, mais par une conscience organique37. »

La découverte des groupes unanimes est en effet le fruit d’une véritable révélation : Romains connaît son chemin de Damas à la sortie du lycée Condorcet, dans la rue d’Amsterdam, un soir de l’automne 1903. Cette rencontre avec les nouveaux dieux, à qui il adressera bientôt un Premier livre de prières38, il ne l’a contée, allusivement, que dans un poème du Voyage des amants, intitulé « En revenant du lycée » :

Nous étions deux, mon camarade et moi,
Qui montions, un soir, la rue d’Amsterdam […]

Rue d’Amsterdam ! Voilà soudain
Que nous pensons à ce nom-là !
Voilà soudain que nous pensons
À cette ville !

Oui, nous pensons distinctement
Que la rue où est notre corps
S’appelle du nom d’Amsterdam39.

Romains ne fut jamais de ces poètes qui se « nourri[ssen]t de la sève des livres40 », et les ressemblances qu’on peut remarquer entre lui et Verhaeren par exemple, ou même Whitman, ne sont jamais purement verbales, elles prennent source dans une expérience commune quoique dispersée dans le temps et l’espace.

4.Le méta-concept et sa transcription littéraire

Mais il est temps que, de l’unanime, nous passions à l’unanimisme. On aurait tort (et les critiques, nous le verrons un peu plus loin, se sont souvent donné ce tort) de penser que l’unanimisme est une école littéraire. Certes, on peut considérer que, du fait de la situation (au sens sociologique du terme) de son créateur, l’unanimisme joue un rôle important dans l’histoire collective de la littérature : Anna Boschetti note ainsi que le « discours théorique dont Romains accompagne son œuvre, avec l’autorité que lui confère son statut de normalien, agrégé de philosophie, a […] une large part dans sa percée rapide. […] Grâce à l’influence que Romains exerce sur le groupe de l’Abbaye et sur des revues ouvertes aux jeunes comme la Revue littéraire de Paris et de Champagne et Les Bandeaux d’or, l’Unanimisme apparaît comme une école 41. »

Mais Jules Romains est le seul unanimiste, ou presque. Il avait l’ambition, c’est vrai, de réunir autour de lui toute une génération. Il a suffisamment développé le thème de la génération nouvelle et [de] son unité42. Il aurait vu, sans doute, pulluler avec joie les épigones. En dehors du fragile Chennevière (que Romains a tant aimé d’amitié, mais dont le génie n’était pas assez puissant pour rivaliser avec celui de son encombrant camarade) ; de l’indépendant Pierre-Jean Jouve ; et du lointain Loranger (poète québécois, qui s’apparente sous quelques aspects à Romains), personne (du moins dans l’espace de la langue française) pour entourer Romains, pour former avec lui le groupe unanime des unanimistes.

D’ailleurs, l’unanimisme, Romains ne le concevait pas comme une école littéraire. Il avait trop d’ambition pour se contenter de si peu. L’unanimisme, pour lui, n’est, dans son principe, pas moins ample que le « rationalisme », le « christianisme », ou le « bouddhisme43 ». C’est une certaine « attitude de l’esprit », un certain « rythme de la démarche intellectuelle », une « attitude générale de tout l’être pensant, capable de donner les produits les plus divers », ou encore « un des grands styles de l’humanité apte à marquer de son empreinte toute la pensée, toute la vie, toutes les œuvres de l’homme : philosophie, religion, littérature, art, politique, conduite quotidienne, et cela dans une suite de temps que rien ne limite d’avance44 ». C’est une véritable régénération de l’homme, et par conséquent du monde qu’il habite et perçoit, que l’unanimisme promet : « Les groupes ne continueront pas l’œuvre des animaux et de l’homme ; ils recommenceront tout pour leur besoin, et pendant qu’ils accroîtront la conscience de leur chair, ils referont l’image du monde45. » L’unanimisme, donc, n’est pas un concept, du moins tant qu’il n’échappe pas à Romains : c’est une attitude, un style, une posture essentielle fondée sur l’expérience d’un concept. L’unanimisme ne devient concept qu’une fois que la critique ou la théorie s’en emparent. Et qu’en font-elles ? Le plus souvent, une école littéraire, ou peu s’en faut. Symbolisme, unanimisme, surréalisme, on a tendance à confondre les simples courants littéraires et les mouvements qui voudraient engager l’homme dans un devenir global. C’est d’autant plus curieux que, s’il existe bel et bien une orthodoxie littéraire du surréalisme, avec le clergé qui s’ensuit, il n’y a pas d’Église unanimiste (il y manque aussi bien les institutions que le personnel). La critique pourrait se défendre en soutenant qu’il a existé un unanimisme suédois. Tout au long du XXè siècle, la littérature suédoise s’est laissé influencer par Mort de quelqu’un, et par les Hommes de bonne volonté. Les œuvres d’Artur Lundkvist, d’Elin Wägner, de Rudolf Värnlund, d’Eyvind Johnson, de Kerstin Ekman et de tant d’autres sont là pour en témoigner. Le travail d’Eva-Karin Josefson46 sur le sujet vient soutenir a posteriori les thèses de ceux qui laissent entendre que l’unanimisme se comporte en école littéraire. Seulement, ceux qui voulurent circonscrire ainsi l’unanimisme au seul champ des lettres n’avaient pas la moindre idée de cette floraison scandinave. Et puis, il faut dire que l’influence de Romains en Suède est avant tout thématique et technique : d’un côté, on récupère le schéma narratif fondamental de Mort de quelqu’un (le petit homme qui meurt et qui s’en trouve grandi), on le récupère et on le réinterprète à la lumière d’une métaphysique qui, le plus souvent, n’a rien d’unanimiste ; et bien sûr, on réinvestit le procédé simultanéiste, qui naît chez Romains de la foi unanimiste, mais peut aussi bien (les exemples divers de Dos Passos, de Musil, de Sartre47 et de nombreux autres, dont les Suédois, le prouvent) s’en déprendre.

Les critiques ont cependant un second argument plus sérieux, quoique tout aussi réfutable, à leur disposition. C’est Romains en personne qui le leur fournit, quand il écrit que l’influence d’un écrivain ne se mesure pas au nombre de ses imitateurs. Romains avoue, de-ci de-là, avoir subi de ces influences invisibles. À Émile Henriot, il confie notamment que « Rimbaud et Paul Claudel ont pressenti la vertu de l’expression immédiate48 » qui sera l’un des fondements de l’unanimisme littéraire. L’ascendant d’un auteur, donc, doit être profond, et discret : son œuvre doit avoir rendu possibles de nouvelles façons de voir et d’écrire, sans pour autant qu’on puisse déceler formellement la filiation qui fait de ses cadets ses débiteurs. Mais justement, cela prouve que ce n’est pas en tant qu’il serait un phénomène littéraire que l’unanimisme pourrait peser sur l’avenir de la littérature. C’est bien au contraire comme attitude impalpable de l’esprit qu’il impose aux œuvres de l’homme, en particulier artistiques et littéraires, une démarche parfois nouvelle.

Il est indéniable cependant que de l’unanimisme découle (dans l’œuvre de Romains, et, au sens strict, dans la sienne seule) une nouvelle série de pratiques littéraires, fondées sur un nouveau jeu de concepts gravitant autour de celui d’unanime (simultanéisme, déification, vie psychique, chacun de ces termes ayant un sens particulier sous la plume de Romains). Il n’est pas faux, par conséquent, de considérer l’unanimisme comme un méta-concept littéraire, qui subsume des concepts à la fois thématiques et techniques. Mais ce n’est là qu’une définition partielle, et quelque peu étroite, de l’unanimisme, et le tort de la critique est de s’en contenter.

5.Un méta-concept dépouillé par la critique

La première phrase de l’article « Unanimisme » dans l’Encyclopédie Universalis est symptomatique : « Avec le naturisme, l’intégralisme et l’école romane, l’unanimisme est l’un des mouvements poétiques qui s’engouffrent dans le vide ressenti après la disparition du symbolisme et avant l’apparition du surréalisme en France49. » Serge Faucherau, de son côté, annonce clairement la couleur dès le titre de son essai : Expressionisme, dada, surréalisme et autres ismes50. Il n’hésite pas à réduire tous ces mouvements à leur seul suffixe. Léon Somville est plus incisif, tout isme pour lui est une « bannière ». Son répertoire est le suivant : « intégralisme, humanisme, impulsionnisme, visionnarisme, unanimisme, paroxysme, futurisme51. » Chacun y va de sa nomenclature propre, plus ou moins ample. Jean Weisberger, qui tient compte des tentatives qui ont vu le jour en Amérique latine, énumère, outre l’unanimisme, les avant-gardes suivantes : « futurisme, dadaïsme, créationnisme, cubisme […] surréalisme […], négrisme, indigénisme, nativisme52. » Mais c’est sans doute Robert Sabatier qui donne la liste la plus large, quoiqu’elle demeure (par la force des choses) incomplète, des écoles qui s’épanouissent (beaucoup pour s’évanouir très vite) au début du XXè siècle :

Humanisme, Naturisme, Synthétisme, Synchronisme, Simultanéisme, Impulsionnisme, Intégralisme, Paroxysme, Synoptisme, Dynamisme, Dramatisme, Musicisme, Unanimisme, Primitivisme, Intensisme, Druidisme, Sincérisme, Harmonisme, Spiritualisme, sans oublier les groupes futuristes, dadaïstes, surréalistes53.

Il se crée de la sorte un méta-paradigme, où se rangent tous les mouvements à ambition paradigmatique.

Ils sont rares, parmi les critiques influents, à s’être montrés moins cavaliers, et plus clairvoyants. Il y a par exemple André Cuisenier, le thuriféraire de Jules Romains, et l’historien de l’unanimisme. Il y a aussi Albert Thibaudet, qui, s’il s’est relativement peu occupé de Romains, a parlé de lui avec lucidité, et sans parti pris. Car ceux qui ont bien voulu considérer l’unanimisme comme autre chose qu’une école littéraire, ont pour certains décrété que le but unique de Romains était d’appuyer par la théorie son ambition dictatoriale délirante. Les apparences, hélas, sont contre Romains : sans doute aurait-il dû s’abstenir, dans les Sept mystères du destin de l’Europe, de prétendre qu’une certaine jeunesse voyait en lui le possible Führer français – tout en se défendant d’aimer plus « la tyrannie qu’on exerce [que] celle qu’on subit54 ». Koenraad Geldof n’a pas tort de noter sur le ton de la modération qu’il subsiste chez Romains « une marge d’ambivalence à l’égard […] du fascisme55 ». D’autres, en revanche, manquent de mesure en écrivant que Romains avait adopté la « carrière d’introducteur du fascisme en France56 ». Il est vrai que c’est lui qui a provoqué la rencontre à Paris entre les dignitaires du régime nazi et la jeunesse française, avant la guerre – rencontre dont il écrivit plus tard qu’elle fut sans complaisance, alors qu’Étiemble, présent dans la salle, se plaint, dans un essai très cruel et pourtant peu partisan, sur, contre et cependant à certains égards pour Romains, que les questions quelque peu gênantes qu’il avait fait parvenir au président de séance de bonne volonté aient été escamotées57.

Il n’en demeure pas moins que Romains fut, dès les derniers mois avant la guerre, un zélateur irréprochable de la démocratie. Dès 1935, il fait exclure du PEN-Club (dont il devait peu après diriger la section française, avant d’en devenir le président international) les représentants de la littérature allemande, désignés par le régime national-socialiste. Il usera aussi de son influence pour « procurer des visas à des Juifs allemands58 ». Puis, la guerre ayant éclaté, il se réfugie à New-York d’abord, et à Mexico ensuite. Depuis l’Amérique, il ne cessera de lancer des appels aux Français et aux hommes de bonne volonté. Il est donc très faux, malgré l’indéniable vanité de Romains, et malgré l’importance qu’il a accordée, dans son œuvre, au « problème du chef59 », de réduire l’unanimisme à une manœuvre politique destinée à justifier par anticipation les appétits de gloire et de pouvoir supposés de son créateur. La critique, d’ailleurs, eût pu aussi bien insister sur la parenté possible entre unanimisme et communisme – et ce d’autant plus que le terme d’unanimisme n’était que le deuxième choix de Romains, qui n’avait renoncé, d’accord avec Chennevière, à celui de communisme qu’en raison de ses résonances politiques60. Mais sans doute Romains s’est-il montré trop catégoriquement anti-communiste pour qu’on s’y trompe.

Revenons donc à Cuisenier et à Thibaudet. Le premier ne fait que répéter ce que dit Romains. Il a choisi le rôle, très honorable, de pédagogue de l’unanimisme. Thibaudet, lui, est forcément plus libre de ses gestes et de ses mots. Comment commence-t-il son court essai intitulé Unanimisme ? Par une mention du travail d’un certain M. Florian-Parmentier qui, « quelques années avant la guerre […] avait repéré et décrit […], dans la littérature de son temps, une trentaine d’écoles en isme61 ». Thibaudet, heureusement, ne s’arrête pas là. Il constate que, si l’unanimisme comme institution s’est peu à peu délité, il n’en demeure pas moins que le mouvement d’ensemble de l’unanimisme littéraire vaut mieux, dans sa globalité, que les œuvres particulières qui le composent. Il a donc ce mérite de tenter, tout en ne sortant pas de sa spécialité littéraire, d’appréhender l’unanimisme comme une expérience collective. D’ailleurs, après s’être réjoui de la quasi-gémellité entre les Copains de Romains et le Compagnons de Duhamel, Thibaudet tempère son enthousiasme : « En réalité il n’y a qu’un unanimiste intégral, qui est M. Romains62. » Ce qui est plus intéressant, c’est que Thibaudet s’attache à dessiner la généalogie de Romains : « M. Romains n’est évidemment pas le premier artiste qui s’efforce de porter sur une âme collective l’intérêt qui s’attache d’ordinaire à une âme individuelle63. » Zola, notamment, l’a d’après lui précédé dans cette voie. Seulement Romains est le premier à avoir systématisé cette vision du monde, et la démarche littéraire qui en découle : « L’originalité de M. Romains consiste […] à ne jamais présenter ses groupes comme des êtres spontanés et vagues à la Zola, mais comme des constructions laborieuses, précises, solides, géométriques64. »

Car il ne faut pas s’y tromper, Zola n’est pas unanimiste, contrairement à ce que veut Paul Souday, qui écrit, sur un ton bien péremptoire : « Zola […] fut certes unanimiste, ayant fait vivre d’une vie puissante tant de groupes humains et de foules en mouvement65. » Le même Paul Souday n’hésite pas par ailleurs à opposer Romains à Taine. Il n’est pas plus lucide pour autant – car il ne semble pas comprendre à quel point Romains, aussi unanimiste soit-il, chérit l’individu : « M. Jules Romains regarde sans doute Taine comme un individualiste dangereux. Il ne lui suffirait pas de prouver que la personnalité d’un individu est conditionnée par le milieu collectif : il élimine a priori toute personnalité66. »

On ne peut reprocher à Souday de vider l’unanimisme de sa substance. Mais il est trop partial, et s’emploie avec trop d’acharnement à prouver en quoi Jules Romains n’est pas original, si ce n’est par le fait que son unanimisme est « conscient » et « terriblement radical67 ». À qui donc Romains ressemble-t-il, au sens de Paul Souday ? Les réponses sont tantôt presque blessantes, tantôt flatteuses. Romains, sans doute, n’a pas dû être ravi d’apprendre qu’il faisait « songer tantôt à un Sully Prudhomme plus dense, tantôt à un Coppée plus sobre ou à un Richepin moins truculent68 ». Quant à l’ambition unanimiste de rendre compte des mouvements d’âme collectifs, elle n’a, d’après Paul Souday, rien de nouveau. Cette fois, les comparaisons qu’il choisit flattent sans doute Romains : « L’Iliade est une épopée unanimiste, puisqu’elle oppose au groupe troyen la collectivité grecque. Dans toutes les tragédies antiques, l’élément unanimiste est représenté par le chœur69. » Plus loin encore, Souday s’évertue à prouver que l’histoire du Bourg régénéré est déjà toute entière dans le Docteur Ox de Jules Verne. On n’est pas obligé d’être convaincu.

6.Vulgarisation de l’unanimisme

Voici, donc, pour la réception savante mais non spécialisée. Parallèlement, il y a aussi celle, plus sommaire, des dictionnaires. Dès 1925, Romains s’inquiétait. Le temps était venu des premières « définition[s] en trois lignes70 » de l’unanimisme. Que nous disent de l’unanimisme les dictionnaires aujourd’hui ? En France, quasiment tous le prennent pour ce qu’il a été, et non pour ce qu’il a voulu être, pour un courant littéraire et non pour un « style de l’humanité ». Le Larousse est concis, et exact, littérairement parlant : l’unanimisme est une « doctrine littéraire selon laquelle l’écrivain doit exprimer la vie unanime et collective, l’âme des groupes humains, et ne peindre l’individu que pris dans les rapports sociaux. (Cette esthétique fut particulièrement illustrée par Jules Romains71.) » Le Trésor de la langue française n’est pas aussi net. Si Jules Romains n’était pas mentionné, sa définition conviendrait aussi bien aux pratiques d’un Zola :

Doctrine littéraire, conçue par l’écrivain Jules Romains, affirmant le conditionnement des sentiments individuels par l’appartenance à de larges groupes humains et se fixant pour but la description des comportements collectifs et ceux de l’individu au sein de la réalité sociale et dans ses rapports avec les autres72.

 Quant au dictionnaire de l’Académie (dont Romains fut, pendant quelque vingt-six ans), on n’y trouve pas trace de l’unanimisme.

Voyons à présent ce que disent quelques dictionnaires étrangers. Dans l’ensemble, les définitions allemandes montrent l’unanimisme comme une sensibilité particulière au monde, qui s’est exprimée principalement en littérature. Le dictionnaire Wissen, même, donne de rapides précisions historiques sur l’émergence et la diffusion (limitée à la seule œuvre de Romains) de l’unanimisme :

Von J. Romains (La vie unanime, 1908) begründete literarische Richtung, die das Leben des einzelnen in seinen Verflechtungen mit der Gemeinschaft aufzeigt und als eine geschlossene Einheit zu erfassen sucht. Der Unanimismus blieb im Wesentlichen auf die Werke seines Begründers beschränkt73

Le dictionnaire portugais Dicio est plus intéressant, dans la mesure où il semble séparer ce dont s’occupe l’unanimisme (la vie sensible des groupes) de l’unanimisme comme représentation. Mais il se trompe en désignant Dos Passos comme un unanimiste. On peut supposer que cette confusion résulte d’un syncrétisme implicite entre unanimisme et simultanéisme : « Literatura Escola literária (séc. XX) que se propõe a traduzir os sentimentos e as impressões de grandes grupos humanos. (Jules Romains, na França, e Dos Passos, nos Estados Unidos da América, figuram entre seus representantes74.) »

Le dictionnaire italien Il Nuovo de Mauro est le seul à présenter l’unanimisme à la fois comme une idée et comme un courant littéraire. Il donne même deux définitions du terme, l’une philosophique, l’autre littéraire. Il est à regretter, cependant, que la seconde définition semble ignorer les possibilités romanesques qu’offre l’unanimisme :

TS filos. dottrina filosofico-letteraria fondata sul pensiero del letterato francese J. Romains, basata sull’idea che il singolo individuo trovi la sua piena realizzazione nella partecipazione e subordinazione all’anima collettiva di un gruppo, di una comunità | TS lett. estens., in poesia, tendenza a esprimere la coscienza collettiva di una comunità piuttosto che le emozioni del singolo75.

La conception unanimiste, donc, n’est pas seulement simplifiée, mais déformée par ceux qui se chargent de la mettre à la disposition du grand public. Il est d’ailleurs curieux de constater que la critique sérieuse et la critique de vulgarisation commettent la même erreur ou presque : car réduire l’unanimisme à son suffixe, c’est, du fait du contexte culturel de sa naissance, le condamner à n’être qu’une école littéraire.

7.L’unanimisme en perspective

Tous, cependant, n’ont pas été infidèles à l’unanimisme tel que l’avait forgé Romains. Dans les vingt dernières années, la critique universitaire véritablement spécialisée a su reconsidérer l’unanimisme sans trahir son concepteur, elle a su rester proche de la vérité originelle sans donner dans le psittacisme hagiographique. Voyons ce que nous disent quelques universitaires de l’unanimisme. Ils sont (sans jeu sur les mots) relativement unanimes. S’appuyant sur la préface que Jules Romains a rédigée pour la version américaine de Mort de quelqu’un, Aude Leblond, tout en replaçant l’unanimisme dans une perspective historique (ou, plus exactement, tout en précisant son rapport au mouvement de l’histoire littéraire), établit une distinction très nette entre la forme simultanéiste, qui, de fait, est d’avant-garde, et la substance unanimiste, qui, quoiqu’elle ait été à l’époque de son émergence très nouvelle, ne témoigne en rien, de la part de son inventeur ou de son découvreur, d’un quelconque souci d’être moderne. La « relecture », par Romains lui-même, « de l’unanimisme en classicisme est fondée sur un recul de la question de la forme, sur laquelle Jules Romains fait prévaloir radicalement l’élaboration d’un contenu idéologique et le souci de la réception76 ».

Ailleurs, Aude Leblond s’essaie à comparer l’unanimisme romainsien à l’humanisme renouvelé que rêve Benjamin Crémieux. C’est l’occasion pour elle de préciser les relations problématiques que l’unanimisme entretient avec le positivisme. Car il ne faut pas oublier que, tout imprégnée de vie psychique qu’elle soit, l’œuvre de Romains est celle d’un rationaliste (qui, non ennemi de la complexité, admettait l’existence d’une sphère sur-rationnelle). Aude Leblond, donc, tout en le resituant au cœur de l’économie conceptuelle de l’époque, tente de montrer comment l’unanimisme s’inscrit dans ce que l’auteur des Hommes de bonne volonté aurait sans doute appelé l’univers de Jules Romains : l’unanimisme « permet de faire communiquer la vie sociale avec l’idée d’un totalisme, qui exige de ne pas se cantonner au sec exercice de la raison positiviste : le sentiment unanime est au fondement d’un nouveau mysticisme77 ». Aude Leblond aborde donc l’unanimisme comme tout autre chose qu’un mouvement ou qu’une école littéraire. C’est pour elle « une doctrine visant à fonder une communauté78 ». Se fondant sur la pensée de Vincent Kauffman, elle note que, du fait même de son efficacité sociale désirée, l’unanimisme est forcément « religieux ». Elle n’hésite pas à écrire que Romains avait l’ « ambition de fonder, avec l’unanimisme, une nouvelle religion laïque79 ». Christian Donadille a d’ailleurs montré comment, tout en en reprenant certains éléments (Romains développe notamment une pensée de l’hypostase), l’unanimisme se voulait le concurrent du christianisme80.

Çà et là, Aude Leblond se risque à formuler des hypothèses plus hasardeuses, mais qui ne s’éloignent jamais des termes dans lesquels Romains a posé la question unanimiste. Elle note, par exemple, faisant écho à l’allégeance consentie par Romains à Bergson, que la « doctrine unanimiste peut être interprétée comme un avatar poétique de la philosophie de l’élan vital81 ». « Doctrine unanimiste » peut paraître un rapprochement de mots regrettable. Mais on appréciera ailleurs « conception unanime82 » – car l’unanimisme est en effet, nous l’avons déjà suggéré, beaucoup moins un concept (trop abstrait, trop fixe) qu’une conception (souple, fluide, engagée dans la chair psychique du monde), et il est exact d’écrire que la « doxa de l’unanimisme est poétique plus que doctrinale83 ». Aude Leblond a aussi ce mérite de souligner que, l’unanimisme étant un « style de l’humanité », il doit moins aux lectures qu’a pu faire Romains qu’à certaines expériences qu’il a vécues. L’Église, puis l’armée, voilà « les deux groupes que Romains juge décisifs dans la genèse de l’unanimisme, tant ils l’ont profondément imprégné enfant [ou jeune homme] – le troisième élément essentiel étant la ville de Paris elle-même84 ».

L’ouvrage dirigé par Dominique Viart, Jules Romains et les écritures de la simultanéité, est extrêmement riche également. Dès l’introduction, Dominique Viart prend ses distances avec toute tentative d’enfermer l’unanimisme dans les limites étroites d’un concept : « “l’essence poétique” de cette notion », nous dit-il, « se dérob[e] à toute tentative de définition85 ». Il fait écho à la fois à Noël Martin-Deslias et à Koenraad Geldof. Le premier souligne le caractère protéiforme de la doctrine unanimiste (qu’on peine à définir non à cause de sa matière insaisissable, mais parce qu’elle ne se limite pas à une discipline et qu’elle prétend être praticable par toutes) : « l’unanimisme est à la fois une conception philosophique, une théorie de l’art, une attitude pratique86. » Quant au second, il affirme plus généralement que « l’unanimisme est une réalité plurielle87 ». Il s’applique cependant à définir de quoi s’occupe l’unanimisme, et de quelle idée du monde, ou plutôt de l’homme et des hommes dans le monde, il se nourrit : l’unanimisme, résume-t-il,

défend, dans un geste de fondation, la possibilité-réalité d’une forme de socialité d’essence spirituelle […] qui, tout en surmontant les négations philosophiques ou idéologiques tant du social que de l’individuel, vise à (r)établir le sens communautaire sans démentir la pertinence de l’existence et de l’action individuelles88.

 C’est là, sans doute, la définition la plus complète de l’unanimisme, puisqu’elle tient compte à la fois de la dialectique individu/groupe qui l’anime, et du double geste conjointement épistémologique et créateur qu’il accomplit. L’unanimisme, donc, est définissable d’un point de vue « thématique », mais beaucoup moins d’un point de vue « générique » ou « énonciati[f]89 ». Dominique Viart donne pourtant une description définitoire de l’ « unanimisme romanesque » qui, tout en restant générale, indique de manière judicieuse la compénétration des éléments poétique et social chez Jules Romains : « l’unanimisme romanesque apparaît […] comme la tentative d’une narration sociographique90. » Plusieurs contributions du volume s’attachent ensuite à décrire la fortune non seulement du simultanéisme (qui, répétons-le, connaît ses heures de gloire avec Dos Passos et Sartre, mais qui inspire aussi Musil), mais également de l’unanimisme, qui « n’est pas un vain mot91 » chez Michel Butor, et dont Galthworthy éprouve « la tentation92 ». Car c’est là, nous y revenons, l’une des façons les plus complexes et les plus vivantes dont les concepts ou les conceptions voyagent : ils sont appliqués, pratiqués, réinvestis.

Nombreux sont les critiques bien intentionnés dont nous n’avons pas pu citer le travail, depuis Madeleine Berry, dont le Jules Romains93 aux Éditions universitaires fut préfacé par celui dont elle parlait lui-même, jusqu’à Olivier Rony, ayant-droit de bonne volonté et de grande érudition. Nous aurions pu nous référer aussi, parmi les écrivains qui se sont laissé discrètement influencer par Romains, à Alfred Döblin, ou même à Claude Simon… La place nous a fait défaut pour les convoquer tous, mais nous avons tenté de montrer à quel point le concept d’unanime et la conception unanimiste étaient mobiles. La carrière de l’unanime et de l’unanimisme illustre ainsi à notre sens de multiples types de voyages conceptuels : la formation d’un concept, qui peut émaner à la fois d’une expérience immédiate du monde et d’une réflexion nourrie par des lectures ; la métamorphose progressive d’un concept dans l’esprit et dans l’œuvre de son créateur, métamorphose qui dépend, au moins en partie, de facteurs historiques et biographiques ; la combinaison, rendue possible par un changement de l’ordre social, de deux concepts contradictoires ; la condensation d’un concept latent à l’intérieur d’une discipline ; l’échange conceptuel permanent entre deux disciplines ; le passage, par déduction, du concept au méta-concept, ou du concept à la conception ; le passage du concept et de la conception à une technique littéraire qui les transcrit, et qui peut être par la suite exploitée par des écrivains qui se sont absolument détachés de la conception originelle ; la prise en main, par une discipline critique, d’un concept, d’un méta-concept ou d’une conception qui se voient dépouillés de certains de leurs éléments constitutifs pour n’être plus étudiés qu’en fonction des aspects qui leur assurent une parenté avec d’autres objets dont le discours critique s’occupe ; la vulgarisation du concept, du méta-concept ou de la conception, qui se trouvent simplifiés et parfois déformés à l’usage du grand public ; la tentative de description et/ou de définition pluri-dimensionnelle du concept, du méta-concept ou de la conception à laquelle se livre une critique strictement spécialisée ; enfin, le réinvestissement pratique de la conception issue du concept par ceux qui entreprennent de l’exploiter en littérature, ou plus simplement de la vivre.

Notes et références

  • 1 « Unanime », dans Le Trésor de la langue française informatisé, [en ligne], http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=1570905825 [consulté le 9 juin 2015].
  • 2 Jules Romains, Un Être en marche, Paris, Mercure de France, 1910.
  • 3 Jules Romains, Puissances de Paris, Paris, Figuière, 1911.
  • 4 Jules Romains, Mort de quelqu’un, Paris, Figuière, 1911.
  • 5 Jules Romains, Psyché, Paris, Gallimard, 1922-1929.
  • 6 Jules Romains, Françoise (Les Hommes de bonne volonté, tome XXVI), Paris, Flammarion, 1946, p. 64.
  • 7 Voir Jules Romains, Le Tapis magique (Les Hommes de bonne volonté, tome XXV), Paris, Flammarion, 1946, p. 58-66.
  • 8 Ces deux fictions sont rassemblées sous le titre Violation de frontières, Paris, Flammarion, 1951.
  • 9 Jules Romains, « Préface de 1925 », La Vie unanime, Paris, Gallimard, 1983, p. 29.
  • 10 Jules Romains, « Petite introduction à l’unanimisme », Problèmes d’aujourd’hui, Paris, Kra, 1931, p. 172.
  • 11 Ibidem.
  • 12 Anna Boschetti, Ismes : Du réalisme au postmodernisme [en ligne], Paris, CNRS Éditions, 2014, version sans pagination disponible en ligne : https://books.google.fr/books?id=VXOVAwAAQBAJ&printsec=frontcover&dq=#v=onepage&q&f=false
  • 13 Victor Hugo, Les Misérables, volume II, Paris, Gallimard, 1973, p. 79.
  • 14 On pourra consulter (entre autres ouvrages) : Gustave Le Bon, La Psychologie des foules, 1895 (l’édition électronique de l’UQAC est disponible en ligne : http://dx.doi.org/doi:10.1522/cla.leg.psy2) ; et Gabriel Tarde, L’Opinion et la foule, 1901 (l’édition de l’UQAC est de même accessible en ligne : http://dx.doi.org/doi:10.1522/cla.sif.tag.opi).
  • 15 Dans sa thèse consacrée aux romans-fleuves du premier XXè siècle français (parmi lesquels Les Hommes de bonne volonté), Aude Leblond détaille le développement des concepts de foule et de public, de Le Bon à Freud. Nous nous appuierons donc sur son travail. Voir Aude Leblond, « Poétique du roman-fleuve, de Jean-Christophe à Maumort », thèse de doctorat, Université de la Sorbonne nouvelle – Paris III, 2010, p. 273.
  • 16 Ibid., p. 271.
  • 17 Sigmund Freud, Malaise dans la culture, traduction de P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 1995.
  • 18 Voir Sigmund Freud, Essais de psychanalyse, traduction de S. Jankélévitch, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1963, p. 83 et suivantes.
  • 19 Aude Leblond, op. cit., p. 280.
  • 20 Ibid., p. 278.
  • 21 Paul Souday, « L’Unanimisme de M. Jules Romains », Les Livres du temps : deuxième série, Paris, Éditions Émile-Paul Frères, 1929, p. 398.
  • 22 Émile Henriot, « L’Unanimisme et ses alentours », À quoi rêvent les jeunes gens : enquête sur la jeunesse littéraire, Paris, Honoré et Édouard Champion, 1913, p. 35.
  • 23 Aude Leblond, op. cit., p. 229.
  • 24 Jules Romains, Le Colloque de novembre, Paris, Flammarion, 1946, p. 16.
  • 25 Aude Leblond, op. cit., p. 229.
  • 26 Jules Romains, « Petite introduction à l’unanimisme », op. cit., p. 164.
  • 27 David Shew Wilson, « L’Âme diffuse : The Ethics of Jules Romains », mémoire de master, Montana State University, 1958.
  • 28 Roméo Arbour, Henri Bergson et les lettres françaises, Paris, José Corti, 1955.
  • 29 E. Zeisel, « Jules Romains und Henri Bergson », Das Litterarische Echo, XX (1917-1918), Berlin, F. Fontane, p. 83-87.
  • 30 Émile Verhaeren, « La Ville », Les Campagnes hallucinées, suivi de Les Villes tentaculaires, Paris, Gallimard, 1982, p. 21-24.
  • 31 Jules Romains, La Vie unanime, op. cit., p. 82.
  • 32 Émile Verhaeren, op. cit., p. 24.
  • 33 Jules Romains, La Vie unanime, op. cit., p. 82.
  • 34 Ibid., p. 83.
  • 35 Jules Romains, Puissances de Paris, op. cit., p. 121.
  • 36 Ibidem.
  • 37 Ibid., p. 122.
  • 38 Jules Romains, Premier livre de prières, Paris, Vers et prose, 1909.
  • 39 Jules Romains, Le Voyage des amants, Paris, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1920, p. 65-66.
  • 40 Jules Romains, Saints de notre calendrier, Paris, Flammarion, 1952, p. 246.
  • 41 Anna Boschetti, op.cit.
  • 42 Jules Romains, « La Génération nouvelle et son unité », Nouvelle Revue Française, n° 7 (août 1909), p. 30-39.
  • 43 Jules Romains, « Petite introduction à l’unanimisme », op. cit., p. 157-158.
  • 44 Ibid., p. 157.
  • 45 Jules Romains, Puissances de Paris, op. cit., p. 124.
  • 46 Eva-Karin Josefson, « L’Unanimisme en Suède – introducteurs scandinaves et écrivains suédois », Germanica, n° 34 (2004), p. 71-85.
  • 47 Voir Dominique Viart [dir.], Jules Romains et les écritures de la simultanéité, Villeneuve-d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 1996.
  • 48 Émile Henriot, op. cit., p. 35.
  • 49 Véronique Klauber, « Unanimisme, littérature », Encyclopædia Universalis, [en ligne].http://www.universalis.fr/encyclopedie/unanimisme-litterature [consulté le 9 juin 2015].
  • 50 Serge Fauchereau, Expressionnisme, dada, surréalisme et autres ismes, Paris, Denoël, 2001.
  • 51 Léon Somville, Devanciers du surréalisme: les groupes d’avant-garde et le mouvement poétique, 1912-1925, Genève, Droz, 1971, p. 140.
  • 52 Jean Weisberger, Les Avant-gardes littéraires au XXè siècle, volume I, Amsterdam, John Benjamins Publishing, 1986, p. 297.
  • 53 Robert Sabatier, Histoire de la poésie française du XXè siècle, volume I, Paris, Albin Michel, 1982, p. 77.
  • 54 Jules Romains, Sept mystères du destin de l’Europe, New-York, Éditions de la maison française, 1940, p. 208.
  • 55 Koenraad Geldof, « Le Roman unanimiste ou le risque de narrer : présence du marxisme dans Les Hommes de bonne volonté et Problèmes européens de Jules Romains », dans Dominique Viart [dir.], op. cit., p. 90.
  • 56 Ces termes sont de Gérard Servèze. Voir à ce propos la Correspondance André Gide – Jules Romains, Paris, Flammarion, 1976, p. 196.
  • 57 Voir Étiemble, « Jules Romains ou Le Danger de la déification », Hygiène des lettres, Paris, Gallimard, 1952, p. 125-137
  • 58 Zinaïda Schakovskoy, À la recherche de Nabokov, Paris, L’Âge d’homme, 2007, p. 45.
  • 59 Jules Romains, Ai-je fait ce que j’ai voulu ?, Paris, Wesmael-Charlier, 1964, p. 75.
  • 60 Ben Stoltzfus, « Georges Chennevière et l’unanimisme (1884-1927) », Revue des Lettres modernes, n° 111-113 (1965), p. 34.
  • 61 Albert Thibaudet, « Unanimisme », Réflexions sur la littérature, Paris, Gallimard, 2007, p. 559-560.
  • 62 Ibid., p. 562.
  • 63 Ibid., p. 564.
  • 64 Ibidem.
  • 65 Paul Souday, op. cit., p. 401.
  • 66 Ibid., p. 403.
  • 67 Ibid., p. 402-403.
  • 68 Ibid., p. 400.
  • 69 Ibid., p. 401.
  • 70 Jules Romains, « Petite introduction à l’unanimisme », op. cit., p. 152.
  • 71 « Unanimisme », dans Le Dictionnaire Larousse, [en ligne] http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/unanimisme/80520 [consulté le 9 juin 2015].
  • 72 « Unanimisme », dans Le Trésor de la langue française informatisé, [en ligne]. http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=3258837780; [consulté le 9 juin 2015].
  • 73 « Unanimismus », dans Wissen.de, [en ligne]. http://www.wissen.de/lexikon/unanimismus [consulté le 9 juin 2015].
  • 74 « Unanimismo », dans Dicio, [en ligne]. http://www.dicio.com.br/unanimismo/ [consulté le 9 juin 2015].
  • 75 « Unanimismo », dans Dizionario italiano De Mauro, [en ligne]. http://dizionario.internazionale.it/parola/unanimismo [consulté le 9 juin 2015].
  • 76 Aude Leblond, op. cit., p. 41.
  • 77 Ibid., p. 202.
  • 78 Ibid., p. 224.
  • 79 Ibid., p. 286.
  • 80 Christian Donadille, « Le Refus des emblèmes et du dogme chrétiens dans Mort de quelqu’un (1911) », dans Dominique Viart [dir.], op. cit., p. 107-124
  • 81 Aude Leblond, op. cit., p. 247.
  • 82 Ibid., p. 230.
  • 83 Ibid., p. 307.
  • 84 Ibid., p. 273.
  • 85 Dominique Viart, « Introduction – Jules Romains, l’unanimisme et la simultanéité narrative », dans Dominique Viart [dir.], op. cit., p. 11.
  • 86 Noël Martin-Deslias, Jules Romains (ou Quand les hommes de bonne volonté se cherchent), Paris, Nagel, 1951, p. 33.
  • 87 Koenraad Geldof, « Le Roman unanimiste ou le risque de narrer : présence du marxisme dans Les Hommes de bonne volonté et Problèmes européens de Jules Romains », dans Dominique Viart [dir.], op. cit., p. 69.
  • 88 Ibid., p. 70.
  • 89 Ibid., p. 70-71.
  • 90 Dominique Viart, « Introduction – Jules Romains, l’unanimisme et la simultanéité narrative », dans Dominique Viart [dir.], op. cit., p. 11.
  • 91 Ibid., p. 16.
  • 92 Bernard Jacquin, « La Tentation de l’unanimisme chez Galsworthy », dans Dominique Viart [dir.], op. cit., pp. 237-248.
  • 93 Madeleine Berry, Jules Romains, Paris, Éditions Universitaires, 1959.

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